Déclaration du Kashag à l’occasion du 22e anniversaire de la remise du Prix Nobel de la Paix à Sa Sainteté le Dalaï-Lama

Monday 12 December 2011, by Communauté Tibétaine // Documentation

Le 10 décembre 2011

Aujourd’hui, nous sommes réunis ici pour commémorer le 22e anniversaire de la remise du Prix Nobel de la Paix à Sa Sainteté le Dalaï-Lama en 1989. En cette occasion de bon augure, le Kashag présente ses vœux les plus chaleureux aux Tibétains au Tibet et en dehors du Tibet, ainsi qu’aux amis du Tibet et à tous ceux qui défendent les droits de l’homme dans le monde.

Le Prix Nobel de la Paix est attribué au nom du scientifique Alfred Nobel pour honorer les dirigeants ayant contribué de façon exceptionnelle à la "fraternité entre les nations, à l’abolition ou à la réduction des armées en place et au maintien et à la promotion de la paix". Sa Sainteté le Dalaï-Lama fut reconnu par le Comité Nobel pour sa "résistance constante au recours à la violence dans la lutte de son peuple pour retrouver sa liberté." Cette reconnaissance a accru, de façon inédite, la visibilité internationale de la cause du Tibet et pour cette raison nous sommes éternellement reconnaissants à Sa Sainteté le Dalaï-Lama et réaffirmons notre engagement sans faille en faveur la non-violence.

Cette année, Sa Sainteté le Dalaï-Lama, selon ses propres mots, a "volontairement, avec joie et de son plein gré" transmis tous ses pouvoirs politiques à un dirigeant élu démocratiquement, transformant ainsi de façon fondamentale l’institution vieille de 369 ans des Dalaï-Lamas. La vision de Sa Sainteté le Dalaï-Lama est celle d’une société tibétaine démocratique et laïque, qui soit autonome et renforce et perpétue le mouvement. Cette décision magnanime de séparer l’autorité politique de l’autorité spirituelle exprime un fort message d’un vrai dirigeant. Ce geste du 14e grand Dalaï-Lama est d’autant plus respecté dans le monde entier et a renforcé encore davantage sa place au panthéon des grands dirigeants du monde.

Le Kashag soutient pleinement la déclaration historique faite le 24 septembre 2011par Sa Sainteté le Dalaï-Lama sur sa réincarnation. Le Kashag est persuadé que, aux yeux du peuple tibétain et du monde, le gouvernement chinois n’a aucune légitimité, crédibilité ni autorité en ce qui concerne la réincarnation. Les Tibétains ont une foi et une fidélité absolues envers Sa Sainteté le Dalaï-Lama et nous croyons que lui seul a le droit et l’autorité de décider de sa réincarnation, ce qui a été renforcé par les résolutions adoptées pendant la Onzième Conférence biannuelles des dirigeants bouddhistes en septembre 2011.

Tandis que nous célébrons également aujourd’hui le 63e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il est malheureux que les conditions au Tibet se soient sensiblement empirées récemment. Le gouvernement chinois continue de violer les droits humains les plus fondamentaux des Tibétains, droits qui sont entérinés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

A cause de l’occupation du Tibet et de la répression qui a suivi les démonstrations pacifiques de 2008, les droits civiques et politiques du peuple tibétain sont réprimés, sans parler de leur marginalisation économique, des inégalités sociales, de l’assimilation culturelle et de la destruction de l’environnement. La situation des droits de l’homme au Tibet s’est détériorée de façon si importante que les Tibétains ont recours à des actes désespérés et sans précédent. Rien qu’en 2011, on sait que douze Tibétains se sont immolés par le feu et sept en sont morts.

Pendant sa première visite officielle aux Etats-Unis et en Europe, le Kalon Tripa a informé des grands dirigeants et hauts fonctionnaires sur la situation tragique au Tibet. Ils ont été très troublés et ont exprimé leur profonde inquiétude pour la souffrance du peuple tibétain et la nécessité urgente de résoudre la question du Tibet par un dialogue pacifique. En conséquence, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a dit que les Etats-Unis étaient "alarmés par les incidents récents au Tibet de jeunes gens s’immolant par le feu dans des gestes de protestation désespérés."

Pendant ces visites, le Kalon Tripa a réitéré la position sans équivoque et constante du Dalaï-Lama selon laquelle, en tant que bouddhiste, la vie est précieuse ; et ainsi, il a toujours découragé les actions radicales en dedans et en dehors du Tibet, comme il l’a fait pendant les manifestations pacifiques de 2008 et pendant plusieurs grèves de la faim jusqu’à la mort qui ont eu lieu en exil. Sa Sainteté le Dalaï-Lama est également profondément inquiet de ces événements tragiques. De même, le Kalon Tripa a appelé les Tibétains à cesser leur grève de la faim jusqu’à la mort au mois de mai cette année en Inde, parce que nous avons besoin de vivre et de diriger notre mouvement. Dans l’intérêt à long terme de la cause tibétaine, nous incitons les Tibétains à se concentrer sur l’éducation laïque et monastique afin d’assurer les ressources humaines et la capacité nécessaires pour consolider et soutenir notre mouvement.

Comme signe de deuil pour ceux qui se sont immolés et leurs familles, le Kashag a organisé une prière d’une journée le mercredi 19 octobre, journée qui fut honorée par la présence de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et d’autres lamas importants. Le Kashag appelle les Tibétains partout à réciter des manis ou d’autres prières chaque mercredi pour la longue vie de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et pour les victimes des violations des droits de l’homme au Tibet, en incluant ceux qui se sont immolés et leurs familles. Le mercredi 4 janvier 2012 pendant les enseignements du Kalachakra à Bodh Gaya, où le Bouddha a atteint l’éveil, le Kashag organisera une prière de masse afin que la vérité puisse triompher au Tibet.

La Journée des Droits de l’Homme est un moment pendant lequel les peuples et les gouvernements peuvent réfléchir au sens, à l’importance et à la nécessité des droits fondamentaux. Au gouvernement de la Chine, nous voulons dire que la seule manière d’amener une paix et une stabilité véritables au Tibet est de respecter les droits humains fondamentaux du peuple tibétain. Nous appelons la Chine à libérer tous les prisonniers politiques condamnés sous divers prétextes sans procès équitable et à mettre fin à toutes les politiques de répression qui sont actuellement mises en place dans toutes les régions tibétaines, et à résoudre la question tibétaine de façon pacifique à travers le dialogue.

Nous aimerions que les peuples et les gouvernements partout reconnaissent et récompensent l’engagement constant et authentique des Tibétains pour la démocratie et la non-violence. Une telle expression de soutien fera beaucoup pour encourager d’autres mouvements et luttes pour la liberté à suivre cet exemple, traçant ainsi le chemin vers un monde plus démocratique et paisible en ce 21e siècle.

En dernier lieu, nous prions les Nations-Unies et la communauté internationale d’envoyer des délégations d’enquête au Tibet et d’évaluer les violations flagrantes des droits de l’homme et la situation sur le terrain directement. Les médias indépendants et les intellectuels chinois ouverts d’esprit devraient également y avoir accès.

Comme toujours, nous profitons de cette occasion pour exprimer notre profonde reconnaissance au gouvernement et au peuple de l’Inde pour leur hospitalité et leur générosité envers les Tibétains depuis plus de cinq décennies.

Puisse Sa Sainteté le Dalaï-Lama avoir une longue vie et voir tous ses souhaits se réaliser.

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